Gisèle Othomi
Coups de marteau, crépitement des machines à coudre, bruits de meules, fine poussière noire par endroits, et une odeur de colle. Cet environnement, Ozias Beube y est habitué.
Son tablier de couleur bleu marine bien fixé, il sillonne les rangées de machines, pour superviser une trentaine d’apprentis déjà à pied d’œuvre dans son atelier du 7e arrondissement de Ndjamena.
Tout est fait à la chaîne. Certains s’occupent de la découpe, tandis que d’autres, devant des moules de différentes tailles, s’attellent à prendre des mesures, plus loin, on assemble, avant les dernières touches à la sortie du produit fini.
Nous sommes dans les locaux de Baladi Chaussures. Depuis 6 ans, cette marque créée par un jeune tchadien sert de cadre d’apprentissage pour un renforcement du “made in Tchad’’.
La jeune équipe arrive à produire jusqu’à cinquante paires de chaussures par semaine. Encore en phase de prototype, ces chaussures sont pour l’heure vendues uniquement sur le marché tchadien.
« Comme nous avons choisi un marché exigeant, le surmesure et la qualité, c’est les premiers clients satisfaits qui amènent à leur tour d’autres clients. »
Matière première
L’histoire de cette activité remonte à six, selon le jeune entrepreneur. L’idée aurait germé au cours de ses études au Bénin, où il dit avoir mûri son projet avant de décider, a son retour au pays, de mettre cette expérience en pratique.
« Nous avons chaque année des jeunes diplômés qui sont en quête d’emploi, et pendant que j’étais aux études, j’avais découvert ce savoir-faire. Alors, je me suis mis dans le domaine et j’ai appris.», souligne le promoteur.
Même si les chaussures sont fabriquées localement, Beubé Ozias est contraint de se tourner vers l’étranger pour se procurer certains matériaux et accessoires nécessaires à leur fabrication. Cette dépendance constitue l’un des principaux défis auxquels le jeune entrepreneur est confronté.
« Malgré qu’on ait la peau, nous n’avons pas un système local qui puisse transformer cette peau en véritable richesse. Nos peaux sont exportées brutes, mais ça revient à travailler, tanner très cher », confie-t-il.
Transmission du savoir faire
Malgré ces difficultés, l’activité poursuit son développement. A ses débuts, le jeune entrepreneur avait bénéficié d’un appui financier de la Conférence des ministres de la jeunesse et des sports de la francophonie.
Aujourd’hui, son ambition dépasse la simple production des chaussures. A travers cette activité il souhaite contribuer à la création d’emploi pour les jeunes sans activité et leur offrir des possibilités d’insertion professionnelle.
« J’ai créé un emploi pour moi-même, et j’en ai profité pour créer pour d’autres personnes aussi. L’objectif c’est de faire du made in Tchad une référence dans la sous-région, en ce qui concerne le secteur cuir et dérivés. »
En six ans, plus de soixante techniciens ont été formés au sein du centre. Ils disposent aujourd’hui de compétences qu’ils peuvent valoriser dans leur propre parcours professionnel, notamment en développant leurs propres activités.
