Entretien réalisé par Foka Mapagne.

 Foka Mapagne : C’est la saison des pluies, quels sont les principaux risques sanitaires liés au contact avec les eaux stagnantes ?

 Dr Abinon Djelamdé : Pendant la saison des pluies, les eaux stagnantes sont souvent contaminées par des déchets, des eaux usées, des excréments humains et animaux, ainsi que par de nombreux micro-organismes. Le contact répété avec ces eaux expose la population à plusieurs risques sanitaires. Les maladies les plus fréquentes sont les maladies diarrhéiques, notamment le choléra, qui reste la plus redoutée, ainsi que la fièvre typhoïde.

Lorsque l’eau ou les aliments sont contaminés, ils peuvent également être à l’origine d’autres infections. On observe aussi des infections de la peau et des plaies, ainsi que des maladies parasitaires comme la schistosomiase, communément appelée bilharziose. Par ailleurs, les eaux stagnantes favorisent la prolifération des moustiques, augmentant ainsi le risque de paludisme.

Les inondations peuvent également provoquer des blessures ou des morsures d’animaux, notamment de serpents. Par exemple, à Torrock dans la province du Mayo-Kebbi Ouest (MKO), lors des inondations de 2024, certaines familles déplacées et installées dans des salles de classe ont été mordues par des serpents qui, eux aussi, cherchaient refuge à l’abri des eaux.

Marcher pieds nus dans les eaux stagnantes, surtout lorsqu’on présente des plaies, augmente considérablement le risque d’infection.

Les maladies les plus fréquentes sont les infections cutanées, les mycoses des pieds, certains parasitoses et, lorsque les conditions s’y prêtent, le tétanos.

 F. M : Quels sont les premiers signes qui doivent pousser une personne à consulter rapidement un centre de santé ?

 Dr A. D : Toute personne ayant été en contact avec des eaux stagnantes doit être attentive à certains symptômes. Une forte fièvre, des diarrhées abondantes et aqueuses, des vomissements répétés, des douleurs musculaires, des rougeurs, un gonflement ou un écoulement au niveau d’une plaie doivent conduire à consulter rapidement une formation sanitaire.

Certaines personnes présentent également une coloration jaunâtre des yeux, appelée jaunisse, ou une grande fatigue. Une prise en charge précoce permet d’éviter des complications parfois graves et de sauver des vies.

 F. M : Les enfants jouent souvent dans les flaques d’eau après la pluie. Pourquoi sont-ils particulièrement vulnérables ?

 Dr A. D : Les enfants sont particulièrement exposés parce que leur système immunitaire est encore en développement. Ils jouent directement dans les flaques d’eau, portent fréquemment leurs mains à la bouche ou avalent accidentellement de l’eau contaminée.

Ils risquent ainsi de développer des diarrhées aiguës, le choléra, des infections cutanées, des parasitoses intestinales et le paludisme, en raison de la prolifération des moustiques après les pluies.

© Flash Tchad

 F. M : Quels gestes simples recommandez-vous aux habitants des zones régulièrement inondées pour limiter les risques de maladie ?

 Dr A. D : Plusieurs mesures permettent de réduire les risques. Il est recommandé de porter des bottes ou des chaussures fermées et d’éviter de marcher pieds nus dans les eaux stagnantes. Les plaies doivent être protégées à l’aide de pansements imperméables.

Après tout contact avec ces eaux, il faut se laver soigneusement les pieds, les jambes et les mains avec de l’eau propre et du savon. Il est également conseillé de boire uniquement de l’eau potable ou préalablement bouillie, de se laver les mains avant les repas et après être allé aux toilettes, de dormir chaque nuit sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide et d’éliminer les eaux stagnantes autour des habitations lorsque cela est possible.

Enfin, en cas de fièvre, de diarrhée, de vomissements ou de plaie infectée, il est essentiel de consulter rapidement le centre de santé le plus proche afin de bénéficier d’une prise en charge adaptée.