Cindy Rayamta 

Les prix des bouteilles d’eau de 75 cl, très demandées par le public sont passés de 250 FCFA à 300 F CFA dans plusieurs quartiers de N’djamena. Toutes les marques locales commercialisées ont été impactées dans ce segment du marché.

Mais il n’est pas le seul concerné par la hausse des prix: le prix de la bouteille de 1,5l, déjà vendue à 500 F ne semble pas avoir bougé chez les détaillants, les grossistes eux, semblent s’être passés le mot pour une augmentation.

Dans la plupart des commerces des quartiers Bololo, Klémat, Moursal ou encore la très animée avenue Kondol, le pack de cette eau vendu il y a peu à 2500F, se négocie désormais entre 2750 et 3000 FCFA.

“J’ai acheté à 2750, je ne peux pas revendre à 2500f”, explique un grossiste au quartier Béguinage. Pour lui, le prix est non négociable, aussi bien pour les packs de 12 bouteilles de 75 cl, que ceux de 6 bouteilles d’ 1,5l.

Dans le segment des bonbonnes, le constat est le même. “J’avais préparé la commande à 2500f la bonbonne de 10l comme par le passé, mais le fournisseur m’a dit que c’est désormais à 3000F”, témoigne une responsable d’une ONG de la place.

D’où vient la hausse?

Difficile à savoir. Les points de vue des producteurs, distributeurs, grossistes et détaillants divergent. ‘‘ Nous achetons la palette à 2500F et quand on inclut les coûts de transport, nous sommes obligés de revendre entre 2750 à 3000 F ici à N’Djamena” confie un grossiste au quartier Amriguébé. 

Les prix vont même jusqu’à doubler dans les villes provinciales, en fonction de leur éloignement. “Lorsque nous allons jusqu’à Amdjarass ou Iriba, nous revendons le pack à 5000F sinon nous vendons à perte. Le carburant coûte cher et la route est longue et périlleuse, ce n’est pas de gaieté de cœur que nous faisons cela’’ confie un grossiste au quartier Djambalbar, qui alimente aussi les villes du nord du pays.

Pour certains industriels, la hausse est une répercussion de celle du coût de production. Un responsable de la société La Rosée, spécialisée dans la distribution des bonbonnes pointe du doigt la guerre au Moyen Orient, comme principale raison de la hausse.

“Un conteneur de matières premières qui coûtait environ 5 millions de francs CFA est désormais facturé jusqu’à 9 millions. Ces hausses, certains producteurs les ont répercutées directement” explique t-il.

Cette flambée des coûts des matières première, un responsable d’une autre marque d’eau, elle aussi touchée par la spéculation, ne la dément pas. Mais il confie plutôt que la structure pour laquelle il travaille n’a pas augmenté les prix à la sortie d’usine.

«On n’a jamais augmenté. Malgré tout ce qu’on paie, on n’a jamais impacté ça sur le prix du produit. On connaît le pouvoir d’achat du consommateur. Ce sont les intermédiaires qui font grimper la note », confie t-il. 

Même son de cloche chez un responsable des BDT, productrice de deux marques d’eau bien connues sur le marché, selon qui les prix à la sortie d’usine sont restés intacts. Sont-ils au courant de la spéculation sur les prix de leurs produits? “oui”, répond le responsable, “mais c’est pas à nous de contrôler les prix”, confie t-il.

Pannes et suspensions 

Cette hausse des prix intervient alors que le pays traverse une longue canicule, période au cours de laquelle la demande en eau augmente, pour entre autres l’insuffisance de la fourniture en eau courante par la société d’État.

Dans le même temps, les BDT qui comptent parmi les plus grands fournisseurs en eaux minérales embouteillées ont connu une panne dans ses turbines. Le responsable contacté parle de panne technique résolue.

« On vient de reprendre la production, c’est vrai que nous n’arrivons pas à couvrir la demande mais nous faisons du mieux que nous pouvons », a t il confié.

En avril et mai dernier, Plusieurs marques d’eau commercialisées ont été épinglées et suspendues par le Centre de Contrôle Qualité des Denrées Alimentaires (CECOQDA) et le Laboratoire National des Eaux (LNE), invoquant plusieurs irrégularités, notamment une faible minéralisation des eaux produites ainsi que des insuffisances en matière d’hygiène et de contrôle qualité. 

Plusieurs de ces marques ont été rétablies le 1er juillet 2026, par le Ministre du Commerce. Dans un communiqué, Mathieu Guibolo Fanga a expliqué que ces marques avaient entre autres, amélioré leurs processus de production et de traitement des eaux, et renforcé leurs dispositifs de contrôle qualité.