Pour Landry Palou, directeur d’agence d’une banque camerounaise, les banques ne cherchent pas à limiter l’accès au crédit. Leur priorité est de s’assurer que les fonds prêtés pourront être remboursés.
« Nous prenons l’argent des épargnants et des actionnaires pour pouvoir le donner à ceux qui en ont besoin pour réaliser leurs activités. Dans ce processus, les banques souhaitent simplement s’assurer que cet argent sera remboursé », explique t-il.
Selon le directeur d’agence, les refus de crédit sont le plus souvent liés à la qualité des dossiers. Il estime qu’entre 60 et 70 % des demandes ne répondent pas aux critères attendus par les établissements financiers. « Les gens croient en leur projet, mais la banque, elle, a ses exigences », poursuit le banquier.
L’entrepreneur André Kibé, qui a créé son laboratoire à Pala en 2018, se souvient lui aussi des difficultés rencontrées au moment de solliciter un financement bancaire. « Les conditions demandées étaient difficiles à remplir et je ne pouvais pas fournir toutes les garanties exigées », témoigne t-il. Il s’est finalement tourné vers une institution de microfinance et le soutien de ses proches pour concrétiser son projet.
Le coût du crédit dépend également du niveau de risque, ajoute le directeur d’agence. « Plus le risque est élevé, plus le crédit va coûter cher. Il arrive que fonds accordés sont utilisés à d’autres fins que celles présentées dans le dossier de demande, ce qui conduit les établissements à renforcer leur vigilance. Les risques de non-remboursement ainsi que les coûts liés au suivi des dossiers sont pris en compte dans la tarification des prêts.»
Développer une culture du crédit
Les données de la BEAC montrent que plus de 85 % des crédits accordés au Tchad sont des financements de court terme. Selon Landry Palou, ce choix permet aux banques de récupérer plus rapidement leurs ressources afin de financer de nouveaux projets tout en limitant leur exposition au risque.
Le directeur d’agence estime que le développement des crédits à moyen et long terme passe par une meilleure préparation des porteurs de projets. « La première mesure, c’est l’éducation au crédit », affirme-t-il.
Les entrepreneurs gagneraient, selon le banquier, à échanger avec les banques et les experts avant de déposer une demande afin de mieux comprendre les attentes des établissements financiers.
« Beaucoup pensent que demander un crédit consiste simplement à venir à la banque. En réalité, c’est tout un processus », conclut-il . Pour lui directeur d’agence, une comptabilité rigoureuse, des opérations financières traçables et un dossier bien construit sont des éléments essentiels pour renforcer les chances d’obtenir un financement.
