Foka Mapagne
Casque autour du cou, regard fixé sur son écran d’ordinateur, le jeune producteur affine les derniers réglages d’un morceau du chanteur Cidson Alguewi. Dans son studio, loin des projecteurs, se construit une partie essentielle de la musique qui va rythmer bientôt les radios et les plateformes musicales.
Le rôle du beatmaker dépasse largement la simple création d’un instrumental. Il imagine l’univers sonore d’une chanson, organise les mélodies, façonne les rythmes et crée l’atmosphère qui porte la voix de l’artiste.
« Un artiste peut chanter en cappella, mais la touche que j’apporte permet au public de ressentir pleinement l’ambiance et l’émotion du morceau », explique JESH BEAT.
Ancien rappeur, il a progressivement délaissé le micro pour se consacrer à la production musicale. Cette transition lui a permis de développer sa propre signature artistique et d’accompagner de nombreux talents de la scène nationale.
Sa particularité, puiser dans le patrimoine musical tchadien pour créer des sonorités modernes. « Quand j’écoute des rythmes traditionnels qui me plaisent, je les récupère et je les transforme. J’ai réussi à urbaniser certains rythmes de chez nous », affirme-t-il.
Derrière chaque production se cache un travail minutieux. De la conception des mélodies au mixage final, plusieurs jours peuvent être nécessaires avant d’obtenir le résultat recherché.
« Quand l’inspiration est là, la mélodie peut venir rapidement. Mais le plus long reste la structuration et le mixage. Même lorsque je pense avoir terminé, je réécoute le lendemain pour corriger certains détails. Une production peut prendre trois à quatre jours », raconte le beatmaker.
Au cours de ses six années de metier, Jesh Beat a collaboré avec plusieurs figures de la musique tchadienne, parmi lesquelles Cidson Alguewi, MBH, WawiB, Kaezy ou encore Abdoulaye Ndergué. Parmi ses réalisations les plus marquantes figure Magnegod, un titre produit avec MBH en 2025.
« Au départ, nous avions quelques doutes sur ce morceau. Mais après sa sortie, il est devenu l’un des grands succès de l’année. Aujourd’hui encore, je continue de l’écouter », confie-t-il avec un sourire.
Au Tchad, il n’existe pas d’école de formation pour le métier de beatmaker, tous les acteurs, à l’instar de Jesh Beat se forment dans le tas, mais continuent d’effectuer un travail vital pour l’industrie musicale du pays.
