Nathalie Rassem

C’est l’heure de souffler au centre de composition du Lycée de Gassi, dans le 7ème arrondissement de Ndjamena.  En ce début d’après-midi, les candidats sortent en petits groupes, après trois heures devant l’épreuve de français. 

Le calme qui règne sur le campus est légèrement perturbé par des clics de la chaîne du fauteuil roulant d’une candidate. Vêtue d’un uniforme violet – noir et coiffée d’une écharpe rouge, Marthe assise dessus, multiplie des gestes manuels sur les pédales pour se déplacer. Un léger sourire sur le visage, la jeune candidate semble confiante, après avoir opté pour le sujet de contraction de texte.

« Le sujet était abordable et tout s’est bien passé pendant la composition », confie-t-elle.

Même si elle doit encore affronter plusieurs épreuves, ce moment de pause est pour Marthe, l’occasion de passer en revue le chemin jalonné d’épreuves et de défis qu’elle a dû parcourir pour atteindre la classe de Terminale. Son visage s’assombrit, ses yeux larmoient et sa voix tremble au moment d’évoquer ces expériences.

« Depuis mon enfance, je suis handicapée. J’étais paralysée jusqu’au cou. Je ne pouvais ni marcher ni rester debout. Si aujourd’hui je peux m’asseoir et me déplacer, c’est grâce aux efforts de mes parents qui n’ont jamais baissé les bras », raconte-t-elle.

Elle marque un moment de sanglots, avant de poursuivre. « Ça me fait parfois mal de voir mes amies marcher alors que moi, je suis contrainte de me déplacer sur ce fauteuil roulant », murmure-t-elle après un moment de silence.

Le soutien indéfectible de sa famille

Dans ce combat de tous les jours, Marthe peut compter sur le soutien inconditionnel de sa mère, qu’elle considère comme l’un des piliers de sa réussite scolaire.  « Ma mère me répète souvent que je ne suis pas la seule personne handicapée au monde et que je ne dois jamais me décourager. »

Les trajets vers l’école demeurent parfois compliqués, notamment lorsque son fauteuil tombe en panne. Mais ces obstacles n’entament en rien sa volonté de réussir.  La jeune candidate puise également sa force dans le souvenir de son père, aujourd’hui décédé. La voix chargée d’émotion, elle évoque celui qu’elle considère comme son premier soutien.

« Mon père m’encourageait énormément. Je me sentais différente des autres, mais grâce à son éducation et à ses encouragements, j’ai appris à croire en moi. Réussir ce baccalauréat serait aussi une façon d’honorer sa mémoire. »

Motivation des amis

À peine sortie de la salle de composition, Eveline, l’une de ses meilleures amies, se dirige vers elle pour prendre de ses nouvelles. Evelyne fait partie de ces personnes qui tiennent la main de Marthe depuis plusieurs années, lorsqu’elle est à l’école. 

« Elles m’aiment beaucoup. Elles viennent toujours me voir pour savoir si j’ai besoin de quelque chose. Quand les listes des candidats ont été affichées, ce sont elles qui ont vérifié mon numéro de composition et m’ont appelé pour me prévenir. »

Pour la jeune femme, cette attention quotidienne constitue une véritable source de réconfort et de motivation.

Un message d’espoir pour les personnes vivant avec un handicap

À travers son parcours, Marthe souhaite adresser un message d’encouragement à toutes les personnes en situation de handicap. « Que tu sois en fauteuil roulant, non-voyant ou malentendant, il ne faut jamais se décourager. Je ne pensais pas qu’un jour je serais ici pour composer le baccalauréat, mais j’y suis arrivée. »

Des paroles nourries par l’expérience d’une jeune femme qui a appris à transformer les obstacles en moteur de réussite.

Déterminée à réussir son examen, Marthe croit en ses chances d’obtenir le baccalauréat. Son ambition est désormais claire : poursuivre des études supérieures et mettre un jour ses compétences au service de sa communauté.

Au-delà de son propre combat, son parcours rappelle que la volonté, le soutien des proches et la persévérance peuvent ouvrir la voie à tous les possibles.