À Toukra, dans le 9ᵉ arrondissement de N’Djamena, sous un soleil déjà pesant, les chauffeurs routiers attendent patiemment 22 heures, l’heure autorisée pour entrer dans la ville. Certains dorment sous leurs remorques alignées en file indienne, d’autres discutent à l’ombre des camions après plusieurs heures d’attente.

Chaque année, près de 18 000 camions empruntent le corridor Douala–N’Djamena, principal axe d’approvisionnement du Tchad. Long d’environ 1 800 kilomètres, ce corridor permet d’acheminer carburant, denrées alimentaires, médicaments ou encore matériaux de construction depuis les ports camerounais de Douala et Kribi vers le Tchad.

Et dans l’autre sens, le Tchad exporte notamment du bétail, du coton, de la gomme arabique ou du sésame. Les échanges entre les deux pays existent depuis plusieurs décennies et se sont renforcés avec le développement des infrastructures routières et ferroviaires ainsi que les accords de la CEMAC.  

Mais sur le terrain, les chauffeurs dénoncent un quotidien éprouvant, marqué par les longues attentes, les contrôles répétés et le manque d’infrastructures adaptées.

“Les conditions actuelles ne nous permettent pas vraiment de circuler correctement”, témoigne Ismaël, chauffeur sur le corridor Tchad–Cameroun depuis plus de vingt ans. Comme de nombreux routiers, il pointe du doigt les différences de normes entre les ponts bascules du Cameroun et du Tchad.

“On peut quitter le Cameroun avec 29 ou 30 tonnes sans problème. Mais dès qu’on arrive au Tchad, les contrôles changent et cela nous crée des pertes financières”, regrette-t-il.

Selon les chauffeurs, ces écarts entraînent régulièrement retards, incompréhensions et coûts supplémentaires sur un axe pourtant essentiel à l’économie tchadienne. À cela s’ajoutent les conditions de stationnement jugées précaires dans plusieurs zones de transit.

Fluidifier un corridor stratégique

Réunis à N’Djamena lors d’un forum tripartite entre le Tchad, le Cameroun et la RCA, transporteurs, transitaires et responsables portuaires ont réfléchi aux solutions pour améliorer la fluidité du corridor et renforcer les échanges commerciaux dans la sous-région.

Pour Cyrille Thierry Ayinda, chef de l’exploitation adjoint du port autonome de Douala, l’amélioration du corridor passe avant tout par une meilleure organisation des contrôles.

“On ne peut pas continuer avec des chauffeurs arrêtés tous les quelques kilomètres et à qui l’on réclame des montants imprévus”, affirme-t-il.

Selon lui, la multiplication des contrôles et des procédures ralentit considérablement la circulation des marchandises entre le Cameroun et le Tchad.

“Tous ces goulots d’étranglement finissent par avoir des conséquences directes sur les délais de livraison et sur le coût des marchandises consommées par les populations”, insiste-t-il.

Le responsable plaide également pour une harmonisation des règles entre les États et une meilleure coordination des données afin d’éviter qu’un même camion soit contrôlé ou pesé à plusieurs reprises tout au long du trajet.

À l’issue du forum, les participants ont notamment recommandé une harmonisation des contrôles ainsi qu’une accélération de la digitalisation des corridors à l’horizon 2028 afin de fluidifier davantage le transit des marchandises dans la sous-région.