Selon la décision du tribunal de Grande Instance de N’Djaména, ces hommes politiques, tous membres du Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP) devront en outre verser une amende de 500.000 FCFA chacun. Selon leurs avocats, la justice a aussi ordonné la confiscation de deux pistolets et d’une arme de calibre 12 au profit de l’État.

Le GCAP est une coalition de partis politiques de l’opposition et de représentants de la société civile. Ils projetaient une marche de « protestation et d’indignation » le 2 mai, lorsque, leur mouvement a été déclaré illégal par la Cour suprême.

Dans la foulée, plusieurs arrestations qualifiées « d’illégales » par leurs avocats ont eu lieu, pour ces 8 personnes considérées comme des « hors la loi » par le porte-parole du gouvernement. Qui sont-ils ?

Valentin Néatobeï Bidi le doyen

Agé de 88 ans, son interpellation a provoqué l’indignation de ses avocats à cause de « son état de santé ».

Juriste de formation, Bidi Valentin est ambassadeur sous Habré (Congo, Cameroun, Gabon) entre 1984 et 1992. De retour au Tchad, il entre dans le gouvernement d’Idriss Déby comme ministre de l’Intérieur et de la Sécurité (1993-1994) avant d’aller dans l’opposition.

Cet homme politique, président du PAP/JS est engagé en politique depuis le retour du multipartisme au début des années 90.

Opposant à l’ex président de la République Idriss Deby Itno, il milite en 2017, à la CPDC (Coordination des partis politiques pour la défense de la constitution), pour s’opposer à la modification de la constitution devant aboutir à la levée du verrou de la limitation des mandats présidentiels.

Ce député de la dernière mandature avant le décès d’Idriss Deby Itno, le challengera à plusieurs reprises dans les urnes, sans jamais réussir à le terrasser.

Néatobeï se fait surtout remarquer, au lendemain du décès d’Idriss Deby Itno, en 2021, en refusant de siéger au Conseil National de Transition, qui faisait office de parlement de transition.

Avocksouma Djona Atchénémou l’ex ministre

Devenu professeur d’université après un doctorat (PhD) en santé publique obtenu à l’Université de Montréal en 1995, Avocksouma Djona Atchénémou a posé son empreinte dans la haute administration tchadienne, en occupant plusieurs postes ministériels.

Il entre au gouvernement en 2000 comme ministre de l’enseignement supérieur, mais fait le tour de plusieurs départements ministériels comme la Santé, la Jeunesse et les sports, l’éducation Nationale, etc.

S’il est connu pour ses reformes lors de son passage à l’enseignement supérieur et à la Santé, Avoksouma est aussi connu pour ne pas avoir sa langue dans la poche.

Cadre de Premier plan de l’UNDR de l’actuel Médiateur de la République, il claque la porte du parti en juillet 2021, pour s’opposer à la participation de la formation politique au gouvernement de transition.

Il fonde alors le parti les démocrates, avec lequel il participe au GCAP, aujourd’hui dissout par la justice.

Max Kemkoye le conseiller économique

Tout comme Avoksouma, Max Kemkoye est un autre transfuge du parti de Saleh Kebzabo. Il claque la porte à la veille de la présidentielle de 2016.

Président de l’UDP qu’il venait de créer, il donne le ton en septembre 2020, en critiquant la présidentielle en préparation pour mars 2021.

Il se positionne aussi comme l’un des principaux critiques de la transition, avant de s’opposer et d’appeler au boycott de la présidentielle de mai 2024, qui devait consacrer la fin de la transition.

Ce consultant en économie et gestion reste connu sur ses prises de position souvent tranchées abondamment relayée par la presse tchadienne.

Nassour Ibrahim Koursami, le candidat manqué

C’est le benjamin de la bande. A 43 ans, le jeune avocat formé à Londres possède une expérience dans l’administration. Secrétaire Général puis Directeur de Recherche à l’ENA entre 2016- 2018, il passe par le secrétariat général du Gouvernement.

Dans cette institution, il occupe le poste de Directeur Général de Contrôle et d’Archives du journal Officiel de la République du Tchad, avant de lancer en 2022, son parti les patriotes.

2024 aurait pu être son année. Soutenu par le Groupe de concertation des acteurs politiques (GCAP), il dépose sa candidature pour la présidentielle de mai, devant sanctionner les deux années de transition.

Mais il ne dépassera pas l’étape du contentieux préélectoral, durant lequel son dossier sera recalé par le Conseil constitutionnel pour des « incohérences relevées quant à son lieu de naissance » et sa « citoyenneté multiple ».

Nassour Koursami reste aussi l’un des principaux critiques des autorités tchadiennes, aux côtés des autres membres du GCAP.

Ahmed Bokori Nima, l’acteur culturel

Contrairement à ses compagnons, Bokori Nima est plutôt connu dans le domaine de la culture. Jusqu’à son arrestation fin avril, il était Directeur Général du Bureau Tchadien du Droit d’Auteur (BUTDRA).

Il est également connu comme président du parti politique Convergence Nationale pour le Salut du Peuple (CNSP), créé en octobre 2024. Un parti membre du GCAP, qui a porté sa candidature pour les dernières législatives aux cours desquelles le candidat Bokori n’a pas été élu.

La liste des condamnés Badanon Daïbo, Mahamat Djiara ou encore Kelou Bombaye dont peu d’informations sont disponibles sur les profils. Les avocats de ces hommes politiques ont d’ores et déjà promis de faire appel de la décision de leur condamnation.