KHADIDJA DOUGA

Selon les responsables sanitaires le taux de mortalité maternelle est passé d’environ 1 063 décès pour 100 000 naissances vivantes à près de 860 une légère baisse, encore loin des standards internationaux.

Pour le Dr Hissein Adanao Mahamat, directeur de la gynécologie-obstétrique du CHU mère-enfant de N’Djamena, « la situation s’améliore, mais des efforts importants restent à fournir, notamment en matière de prévention et de renforcement de la prise en charge des patientes. »

Un accouchement peut comporter des complications mettant en danger la mère et le bébé. L’hémorragie post-partum est l’une des causes les plus fréquentes. « Elle survient lorsque l’utérus ne se contracte pas correctement après la naissance ou en cas de rupture, entraînant une perte de sang importante, difficile à prévoir ou à contrôler », explique le Dr Hissein Adanao.

Les infections représentent également un risque. Elles peuvent apparaître pendant le travail ou après l’accouchement et provoquer des complications graves si elles ne sont pas rapidement prises en charge. Les troubles hypertensifs, tels que la prééclampsie ou l’éclampsie, peuvent provoquer convulsions, défaillance d’organes ou autres complications médicales pendant l’accouchement.

Le défi du suivi prénatal

La consultation prénatale reste un pilier essentiel de la prévention. Elle permet d’identifier les grossesses à risque et de préparer un plan d’accouchement adapté.

Pourtant, dans de nombreuses localités, le suivi est insuffisant, voire inexistant. « L’analphabétisme, la pauvreté et le recours à du personnel non qualifié aggravent la situation. Certaines accouchent à domicile sans aucun suivi médicale, d’autres consultent mais ne sont pas encadrées par des personnes compétentes, ce qui empêche d’anticiper les complications », souligne le médecin.

« En 2025, nous avons réalisé près de 3 000 césariennes en urgence. Si ces femmes étaient restées à domicile, beaucoup n’auraient pas survécu », affirme-t-il.

Des structures inégalement équipées

Toutes les structures du pays ne disposent pas du même niveau d’équipement. Dans certains centres périphériques, l’absence de bloc opératoire fonctionnel en permanence retarde la prise en charge.

« Lorsqu’une structure ne peut pas gérer une complication, elle doit référer rapidement. Très souvent, les patientes nous sont transférées alors qu’elles sont déjà dans un état critique. La référence tardive coûte des vies », insiste le Dr Hissein Adanao.

Sensibilisation et formation au cœur des solutions

Les experts estiment que la réduction durable de la mortalité maternelle et infantile passe par une meilleure sensibilisation des femmes, le renforcement de la formation du personnel de santé et une organisation plus efficace du système de référence.

« Nous devons mettre l’accent sur l’éducation des femmes et sur la qualité du suivi prénatal. C’est là que tout commence », conclut-il.