Gisèle Othomi
Il est un peu plus de 10 h au secteur céréales du marché central de Mongo. Des vrombissements des machines se mêlent aux discussions, le marché se remplit peu à peu.
A l’ombre d’un hangar de fortune, Achta, assise devant des pneus transformés en bassine, passe sa main dans le sésame pour montrer la propreté à un client placé devant elle. La trentenaire a fait du sésame sa source de revenus depuis plus d’une décennie.
« Je m’approvisionne dans les villages environnant comme Barndangal, Toungoul et autres localités. Même Là-bas, il faut donner de l’argent d’abord à la personne qui t’apporte le sésame. Si le marché est bon, je peux vendre près de 10 sacs de sésame le jour du marché hebdomadaire. Actuellement le coro (Unité de mesure de mil) est à 750 f et nos clientes sont les femmes qui font la transformation d’huile ».
Ce matin, Achta n’a que quelques kilogrammes de sésame sur son comptoir. Contrairement aux autres années, cette saison a été perturbée par une faible pluviométrie.
« Comparativement aux années précédentes, nous n’avons pas eu assez de récolte cette année. Nous avons payé cher les sacs. Maintenant, nous n’avons pas de bénéfice sur ce que nous vendons. De l’autre côté, il y a les taxes qu’il faut payer. Nous nous armons de courage pour continuer dans cette activité. »
Une source d’autonomisation
Ce céréale ne se vend pas qu’à l’état brut. Au secteur 6 de la ville, Mansouk Koto, avec un groupe de femmes, elles ont lancé une unité de transformation.
Sous un hangar en paille Mansouk en compagnie de 4 autres femmes, observe la magie opérer. Un grand mortier à un taureau, sert de machine de transformation attelé. L’animal attaché sur un dispositif artisanal, dirigé par un vieil homme, fait sans cesse le tour, essorant les grains disposés dans le mortier pour en extraire de l’huile. Une huile qui aide à les autonomiser.
« Cette activité nous rapporte beaucoup. Nous sommes un groupement de femmes et nous avons une caisse d’épargne. A la rentrée scolaire par exemple, nous inscrivons nos enfants à l’école, payons les fournitures scolaires et autres. Les bénéfices nous permettent de subvenir à nos besoins. Notre souci c’est le manque d’argent. Nous n’avons pas de moyen pour faire des stocks ce qui limite notre travail. », témoigne Mansouk.
Plusieurs milliards en jeu
Bien qu’il n’existe pas de statistiques officielles spécifiques à la province, le Guéra participe significativement à la production globale du pays, estimée à 170 mille tonnes en 2023.
Un chiffre qui permet au Tchad d’être classé parmi les dix plus grands producteurs africain de sésame, avec des recettes estimées à environ 60 milliards de Francs CFA selon les chiffres officiels.
Vendu à l’état brut ou transformé, cette céréale transforme la vie des femmes dans la province.
