Parfait Ndo-dangsou

 

Le soleil irradie le quartier Achourouka de ses dernier rayons, Zakaria peut se reposer sur sa grande natte installée à l’entrée de la concession. A l’intérieur, Zenaba apprête le repas du soir, alors que les enfants prennent plaisir aux côtés des animaux de la bassecour.

C’est la routine dans ce couple constitué d’un époux agriculteur arabe et d’une épouse issue de parents éleveurs autochtones. Deux communautés qui s’affrontent souvent pour la gestion des ressources naturelles.

Mais dans ce couple, la paix s’est enracinée. « Si je ne me mariais pas dans cette communauté, la cohabitation n’allait pas être simple » explique Zakaria Al- Moussobane.

C’est pour des raisons presque évidentes que le cinquantenaire et son épouse ont décidé de s’installer et vivre dans la banlieue de la ville de Mongo. « La vie en ville est difficile : trouver du bois ou même de quoi manger n’est pas simple. J’ai proposé à ma femme d’aller en périphérie, de faire un champ, de nous débrouiller et de prendre soin de nos enfants. Elle m’a dit : Tu es mon mari, je te suivrais partout où tu iras. Grâce à Dieu, même dans les moments difficiles, elle et moi, on se comprend » confit-il.

Au quartier Achourouka en périphérie de la ville de Mongo, Zakaria Al- Moussobane et Zenaba Issa vivent dans une concession construite en matériaux semi dur, clôturée de Secco. Ils y élèvent leurs enfants selon les normes de leurs deux cultures.

A travers leur quotidien rythmé d’élevage de petits ruminants et de travaux champêtres, ils leurs transmettent les valeurs du vivre ensemble.

« Nous nous sommes mariés avec toutes les bénédictions. Aujourd’hui, nos enfants ont grandi certains sont allés à l’école, d’autres sont éleveurs. Dieu merci, tout va bien. Mon mari vient d’un milieu modeste et nous vivons principalement de la terre » nous explique Zenaba Issa pour qui est un canalisateur.

« Malgré mon fort caractère, il m’apaise. Nous avons eu nos enfants, et nous voilà aujourd’hui heureux dans nos vieux jours » lâche-t-elle, la voix nouée par l’émotion.

Débuts difficiles

Pour contourner les réticences des proches des deux familles, Zakaria a su faire valoir ses atouts : l’honnêteté et la patience.  

Jeune agriculteur, il tombe sous le charme de sa future épouse. 10 ans plus tard, il se souvient de sa demande en mariage. Il raconte que c’est avec respect qu’il s’est présenté et leur a dit : « Nous sommes tous Tchadiens, frères et sœurs. Je veux épouser votre fille, mais je n’ai rien, hormis la bénédiction de Dieu. Je n’ai qu’un champ et une hache mais je me battrai toujours pour subvenir à ses besoins… ».

Consciente que d’autres hommes convoitaient la jeune femme, la famille de celle-ci demande un temps de réflexion. Sept mois plus tard, elle accepte l’union, convaincue qu’un homme avec sincère saura prendre soin de leur fille.

Depuis la bénédiction nuptiale, le couple est devenu inséparable et espère aujourd’hui inspirer les autres.  Dans un environnement ou des communautés s’affrontent pour la survie, Zakaria et Zenaba montrent que même dans l’adversité, l’amour, le respect et la patience peuvent construire des ponts.

Les mariages mixtes créent une génération plus ouverte

Pour les experts, les mariages intercommunautaires jouent un rôle essentiel dans la réduction des tensions sociales.

Pr Mackaye Hassane Taïsso, anthropologue, estime qu’en unissant deux personnes issues de communautés différentes, l’on élargit les liens familiaux, l’on brise les peurs et méfiances, et l’on favorise le rapprochement.

Selon lui, même si certains doutent de son efficacité, cette pratique contribue à apaiser les conflits.

Les enfants issus de ces unions mixtes développent une tolérance naturelle et se sentent appartenir aux deux communautés, devenant ainsi des ponts sociaux, estime l’enseignant.

À terme, selon ses explications, la multiplication de ces mariages pourrait créer une nouvelle génération plus ouverte, renforçant les liens entre groupes autrefois opposés.

Un effet de nombre qui, selon le Pr Mackaye, pourrait transformer durablement les relations intercommunautaires au Tchad.

Données chiffrées

Quelques repères chiffrés sur les conflits intercommunautaires au Tchad selon le bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA) :

  • 25 conflits intercommunautaires et intracommunautaires recensés à l’échelle nationale entre janvier et juin 2025, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).
  • Une légère baisse par rapport aux périodes précédentes, avec 28 conflits enregistrés au second semestre 2024 et 26 au premier semestre de la même année.
  • La province du Lac concentre 28 % des conflits signalés sur l’ensemble du territoire national.
  • Le sud du pays demeure la zone la plus affectée, avec 60 % des incidents recensés.