A Béré, chef-lieu de la Tandjilé Centre, les populations ont été tétanisées au petit matin du 26 aout, par une découverte macabre. Dame …, mère de 13 enfants, a été retrouvée sans vie, suite à une bastonnade que lui a infligé son mari.
La dispute a éclaté entre les deux, sur la vente d’un cochon selon le témoignage des enfants du couple.
Alertées, les autorités locales se sont rendues sur les lieux et ont remis le corps à la famille, avant de procéder à l’arrestation du présumé meurtrier, désormais détenu à Laï pour des mesures d’enquête.
La veille, dans le département du Lac Wey, c’est un autre drame qui semait l’émoi. Solange Dorkemnodji, mère de huit enfants, a été tuée à coups de bâton par son époux, à Mbalkabra.
A l’origine une dispute autour de la récolte de leur manioc selon les témoignages recueillis sur place par nos confrères du journal Le N’Djam post. La victime est décédée sur place et le suspect a été interpellé.
Tout comme une autre femme, âgée elle de 28 ans, enceinte de 7 mois, a été ôtée à la vie par son mari le dans la nuit du 22 au 23 aout à Pala chef-lieu de la province du Mayo Kebbi Ouest laissant derrière elle, 4 enfants orphelins.
Une bagarre a éclaté entre les deux époux en pleine nuit, et la famille de la victime n’a eu que ses yeux pour pleurer. « On nous a informés que notre sœur avait été battue par son mari et qu’elle avait été emmenée à l’hôpital. Nous les avons suivis à l’hôpital, mais malheureusement, c’était trop tard ». Raconte son frère aîné.
L’époux de la victime, explique son frère, avait l’habitude de la battre. L’affaire se terminait toujours par un arrangement à l’amiable, poursuit-il, jusqu’à ce que l’irréparable se produise.
Mais aujourd’hui, le frère de la victime en a tiré des lecons « Nous conseillons aux autres jeunes que si de tels cas se produisent dans leur foyer, il vaut mieux chercher à résoudre les problèmes en famille plutôt que de recourir à la violence, qui peut avoir des conséquences tragiques. Il est important de trouver des solutions pacifiques pour résoudre les conflits conjugaux. »
Impunité
Le dialogue, c’est ce que prône le sociologue. Ndikwe Tchago. Le chercheur à l’université de Ndjamena explique que le phénomène prend ses sources dans le modernisme et l’évolution sociétale « qui contribuent à l’augmentation de ce phénomène dans notre société actuelle. Alors que dans l’Afrique traditionnelle, les couples vivaient en harmonie et se comprenaient mieux ».
Il pointe aussi du doigt l’impunité. Pour lui, les auteurs de ces actes ne sont pas sévèrement punis conformément à la loi tchadienne, ce qui peut encourager la récidive et avoir des conséquences tragiques pour les enfants.
Le sociologue conseille alors la voie divine pour calmer les ardeurs. « Il est préférable de trouver des solutions pacifiques pour résoudre les conflits conjugaux plutôt que de recourir à la violence. La vie est précieuse et est un don de Dieu ». Conclut-il
Lenteurs judiciaires
Pourtant, le phénomène est loin de s’estomper. Une dizaine de cas depuis le début de l’année selon notre propre décompte, Ce chiffre est déjà dans la moyenne des cas enregistrés ces cinq dernières années.
Selon la ligue tchadienne des droits des femmes, le pays a enregistré 12 cas en 2020, 10 en 2021, 4 en 2022, 12 en 2023, et 13 en 2024.
Ces chiffres pourraient paraître bas, mais le phénomène préoccupe les organisations de défense des droits de l’homme comme le PILC, le Centre Juridique d’Intérêt Public, qui vient en aide aux femmes victimes de violences conjugales.
Ce centre a enregistré 26 cas de violences basées sur le genre, depuis le début de l’année. Apolline est l’une d’elle. Elle a pu échapper à son bourreau, mais elle en garde des cicatrices, mais surtout un souvenir amer.
« Nous nous disputions tous les jours ; il traînait même avec un bâton à cause de moi et m’a déjà blessée à la tête, ce qui m’avait laissé des cicatrices au visage. Il m’a également frappé au ventre avec son pied ».
Apolline a porté plainte contre son époux qui a par ailleurs refusé de lui donner la garde des enfants. Elle bénéficie de l’accompagnement du PILC qui a pu lui trouver un endroit où loger.
Maître DELPHINE Kemneloum Diraybe avocate au barreau du Tchad est responsable de ce centre, elle dit ne pas comprendre les raisons d’une telle recrudescence de la violence
« Je me pose souvent la question de pourquoi la société tchadienne est devenue si violente ».
Lorsque son centre reçoit une femme victime de violence, il lui offre d’abord un cadre d’écoute, ensuite des conseils et des types d’accompagnement possible, notamment avec des psychologues. Mais aussi un accompagnement juridique si la victime le souhaite.
« Le Code pénal tchadien réprime les violences volontaires, mais les victimes se découragent souvent en raison de la lenteur de la justice. Certaines attendent des années pour obtenir une décision et parfois sans résultat ».
Ce qui n’est pas de nature à encourager les victimes, qui dépendent souvent des moyens de leurs époux ou ex époux.
Mais Me Kemneloum continue de plaider pour une justice « équitable et transparente, pour que les auteurs soient punis de manière dissuasive ».
Car, pour elle, il est temps que l’impunité cesse. Les victimes doivent être reconnues, entendues et traitées avec dignité, tandis que les responsables de ces actes odieux doivent être sanctionnés sévèrement.
Nathalie Rassem
